margaux nessi




ÉTINCELLES - de Jon Fosse - traduction Camilla Bouchet, Gabriel Dufay, Marianne Ségol et Terje Sinding - mise en scène Gabriel Dufay - scénographie Margaux Nessi - costumes Aude Désigaux - lumières Sébian Falk-Lemarchand - son Samuel Robineau
Avec la troupe de la Comédie-Française Didier Sandre, Anna Cervinka, Clément Bresson, Sefa Yeboah, Morgane Real
crédits photos Vincent Pontet, coll. Comédie-Française
Prix Nobel de littérature 2023, Jon Fosse est pour la première fois monté à la Comédie-Française. Dans l’œuvre de cet immense auteur norvégien, Gabriel Dufay – l’un de ses traducteurs et metteurs en scène en France – réalise un montage composé de quatre courtes pièces, inédites, et quelques-uns de ses textes et poèmes.
C’est sous le titre Étincelles – ces « petites étincelles d’éternité » que l’on ressent parfois miraculeusement au théâtre ou dans la vie – qu’il présente ces partitions, raretés d’une écriture intemporelle à même d’éclairer notre présent.
Outre le dialogue d’un homme et d’une femme, regards rivés vers le sommet d’une montagne, tout près du ciel, on y découvre des pièces plus urbaines dans lesquelles le temps est le personnage principal. L’intrigue est parcellaire, on prend l’action en cours, à des instants charnières : une femme en demande de liberté désire renouer avec l’homme qu’elle a quitté ; un homme déménage de son foyer, certain de sa passion pour une jeune femme sans être sûr qu’elle le rejoigne ; un homme est en quête d’invisible et de secret. Au public de mener l’enquête à l’intérieur de ces éclats de vie dont on ne sait s’ils se déroulent au moment des faits, des années après ou dans le temps étiré de nos existences chamboulées.
Gabriel Dufay rapproche la fulgurance de ces pièces à des haïkus japonais et révèle au sein d’un espace épuré les multiples plans de cette œuvre qui donne une voix à des anonymes, souvent démunis, cherchant les mots pour dire l’indicible. À la suite de Claude Régy qui l’a révélée en France et de Patrice Chéreau qui l’a mise en scène, Gabriel Dufay déploie, dans un geste à la fois pictural et incarné, le souffle musical et l’énergie poétique de cette écriture où nos secrets s’éveillent. Et il cite Jon Fosse lui confiant : « Je regarde toujours avec émerveillement un monde en train de se créer. »
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